Comprendre pour Apaiser : Regards Croisés sur la Violence et l'Avenir
Le Bruit du Monde et le Désir de Paix
Nous vivons une époque de paradoxes. Jamais auparavant nous n'avons eu un accès aussi instantané à l'information, aux témoignages, aux soubresauts du monde. Et ce que nous voyons, ce que nous ressentons, est souvent une cacophonie de tensions. La violence, en particulier celle qui s'exerce à l'encontre des femmes, occupe une place prépondérante dans ce flux continu d'informations, créant un sentiment diffus et douloureux de régression, comme si le fil du progrès s'était rompu.
Cette perception est légitime. Elle est le reflet d'une prise de conscience collective, une lumière crue jetée sur des souffrances trop longtemps restées dans l'ombre. Mais cette prise de conscience, si nécessaire soit-elle, peut aussi nous laisser démunis, en colère, ou pire, nous pousser à nous retrancher dans des camps opposés, creusant les divisions alors même que l'urgence est à l'union.
Et si nous tentions une autre approche ? Si, pour un instant, nous mettions de côté les jugements et les accusations pour simplement prendre le temps de comprendre ? Comprendre les mécanismes subtils qui se jouent en nous, dans notre corps et notre esprit. Comprendre les dynamiques sociales qui nous façonnent, souvent à notre insu. Comprendre, non pas pour excuser, mais pour identifier les véritables leviers du changement.
Ce document est une invitation. Une invitation à un voyage au cœur de la complexité humaine, guidé par la science et la bienveillance. Il s'adresse à tous, hommes et femmes, qui ressentent ce désir profond d'apaisement et qui souhaitent devenir des acteurs de paix pour eux-mêmes et pour les générations futures. Car c'est dans la compréhension mutuelle et la responsabilité partagée que se trouve la clé d'un avenir où la force du dialogue l'emporte enfin sur la violence des actes.
Aux Racines de l'Agressivité – Ce que nous dit la Science
Pour dénouer les fils de la violence, il nous faut d'abord accepter de regarder à l'intérieur de nous-mêmes, là où la biologie et la psychologie s'entremêlent. Loin des clichés et des explications simplistes, la science moderne nous offre un éclairage fascinant sur les mécanismes qui sous-tendent nos comportements. Cette exploration se veut une découverte factuelle et accessible de notre machinerie interne, non pour y trouver une fatalité, mais pour y déceler les clés de notre propre équilibre.
L'Énergie Intérieure : Le Rôle des Hormones
Notre corps est un orchestre chimique complexe, et les hormones en sont les chefs d'orchestre. Parmi elles, la testostérone occupe une place centrale dans l'imaginaire collectif, souvent caricaturée et réduite à la simple "hormone de la violence". La réalité, comme toujours, est bien plus nuancée.
La Testostérone : Une Énergie de Compétition
Plutôt que de la voir comme une source directe d'agression, les chercheurs la décrivent aujourd'hui comme l'hormone de la compétition, du statut social et de la prise de risque. C'est une énergie fondamentale qui pousse à agir, à se dépasser, à chercher sa place au sein d'un groupe. Cette énergie en soi est neutre ; c'est le contexte social et notre état intérieur qui vont déterminer si elle se manifestera par une ambition saine, une créativité débridée ou, dans certaines conditions, par de l'agressivité.
L'"Hypothèse du Challenge" (Challenge Hypothesis) illustre parfaitement ce concept : les niveaux de testostérone n'augmentent pas pour provoquer l'agression de manière aléatoire, mais plutôt en réponse à une situation de compétition ou de défi. Gagner une compétition sportive, réussir un projet professionnel ou même défendre son point de vue peut provoquer une hausse de testostérone. L'agressivité n'est alors qu'une des stratégies possibles pour "gagner" ce défi.
L'Hypothèse de la Double Hormone : L'Importance de l'Équilibre
La découverte la plus importante de ces dernières années est sans doute l'"Hypothèse de la Double Hormone" (Dual-Hormone Hypothesis). Elle révèle que l'effet de la testostérone est indissociable de celui d'une autre hormone clé : le cortisol, plus connue comme "l'hormone du stress".
- La Testostérone peut être vue comme l'accélérateur : elle pousse à l'action et à la recherche de statut.
- Le Cortisol agit comme un frein : il est lié à l'anxiété, à la peur du risque et à l'inhibition comportementale. Un niveau élevé de cortisol nous rend plus prudents et plus sensibles aux menaces potentielles d'une situation.
Des études récentes et concordantes [1] ont montré que la combinaison la plus fortement associée à des comportements agressifs, antisociaux ou dominants n'est pas simplement un haut niveau de testostérone, mais bien l'association d'un haut niveau de testostérone ET d'un bas niveau de cortisol. En d'autres termes, c'est lorsque l'accélérateur est enclenché et que le frein est défaillant que le risque de dérapage est le plus élevé.
Ce déséquilibre peut être influencé par de nombreux facteurs de notre mode de vie :
| Facteur | Impact sur l'Équilibre Hormonal |
|---|---|
| Manque de sommeil | Augmente le cortisol et diminue la testostérone, créant un état de fatigue et d'irritabilité. |
| Stress chronique | Maintient un niveau de cortisol élevé, ce qui peut à terme épuiser le système et dérégler la production de testostérone. |
| Mauvaise alimentation | Une nourriture trop riche en sucre et pauvre en nutriments essentiels (comme le zinc ou la vitamine D) perturbe la production hormonale. |
| Sédentarité | Contribue au surpoids, qui favorise la conversion de la testostérone en œstrogènes, créant un déséquilibre. |
Message clé : La violence n'est pas une fatalité inscrite dans nos hormones. Elle est souvent le symptôme d'un déséquilibre. Prendre soin de son corps, assurer un sommeil de qualité, une alimentation saine et apprendre à gérer son stress ne sont pas de simples conseils de bien-être ; ce sont des actes fondamentaux de régulation de notre propre biologie, la première étape pour apaiser notre esprit et nos réactions.
Le Cerveau en Action : L'Accélérateur et le Frein
Si les hormones donnent la tonalité émotionnelle, c'est notre cerveau qui tient le volant. Pour comprendre comment une impulsion se transforme (ou non) en acte, il est utile de visualiser notre cerveau à travers une métaphore simple : celle d'un véhicule doté d'un accélérateur et d'un frein.
L'Amygdale : Notre Accélérateur Émotionnel
Au plus profond de notre cerveau se trouve une petite structure en forme d'amande : l'amygdale. C'est notre système d'alarme primitif, notre détecteur de menaces. Elle est constamment en train de scanner notre environnement à la recherche de dangers potentiels ou de provocations. Lorsqu'elle perçoit une menace – une insulte, un geste brusque, une situation d'injustice –, elle déclenche une réponse quasi instantanée de peur ou de colère. C'est l'accélérateur.
Cette réaction est un héritage de notre évolution, essentielle à notre survie. Elle nous prépare à combattre ou à fuir face à un danger imminent. Cependant, dans notre monde moderne, les "menaces" sont plus souvent symboliques (une atteinte à notre ego, une frustration) que physiques. L'amygdale, elle, ne fait pas toujours la différence et peut s'emballer pour des raisons qui ne mettent pas notre vie en péril.
Le Cortex Préfrontal : Notre Frein Réfléchi
Heureusement, nous ne sommes pas à la merci de notre seul accélérateur. La partie la plus évoluée de notre cerveau, située juste derrière notre front, est le cortex préfrontal. C'est le siège de la raison, de la planification, de la prise de décision et, surtout, de la régulation des émotions. C'est notre frein.
Lorsque l'amygdale envoie un signal de colère, le cortex préfrontal a la capacité d'analyser la situation avec du recul : "Cette personne est-elle vraiment une menace ?", "Est-ce que réagir avec violence est la meilleure solution ?", "Quelles seront les conséquences de mes actes ?". Il peut alors décider de moduler ou d'inhiber la réponse impulsive. Des études en neurosciences [2] ont clairement montré qu'un cortex préfrontal moins actif ou moins bien connecté à l'amygdale est associé à une plus grande difficulté à contrôler ses pulsions agressives.
L'agressivité et la violence surviennent donc souvent lorsque cet équilibre est rompu : quand l'accélérateur (amygdale) est trop sensible et que le frein (cortex préfrontal) est sous-développé ou momentanément défaillant (par exemple, sous l'effet de l'alcool, de la fatigue ou d'un stress intense).
Muscler son Frein : Une Capacité à la Portée de Tous
La nouvelle la plus importante que nous apporte la neurobiologie est celle de la neuroplasticité. Notre cerveau n'est pas figé ; il se reconfigure en permanence en fonction de nos expériences et de nos apprentissages. Cela signifie que nous pouvons activement "muscler" notre cortex préfrontal et améliorer notre capacité à freiner nos impulsions.
Des pratiques comme la méditation de pleine conscience, la thérapie cognitivo-comportementale ou simplement le fait de s'arrêter et de prendre quelques respirations profondes avant de réagir sont des exercices concrets qui renforcent les connexions neuronales entre le cortex préfrontal et l'amygdale. Apprendre à identifier et à nommer ses émotions ("Là, je sens de la colère monter") est une autre compétence fondamentale qui active le cortex préfrontal et nous donne du pouvoir sur nos réactions.
Message clé : Notre cerveau est précâblé pour l'agressivité, mais il est aussi et surtout câblé pour la régulation et l'empathie. La capacité à contrôler nos impulsions n'est pas un don inné, mais une compétence qui se cultive et se renforce tout au long de la vie. La violence n'est pas une fatalité, mais souvent le résultat d'un "frein" qui n'a pas été suffisamment entraîné.
Le Miroir de la Société – Comment notre Environnement nous Façonne
Notre biologie interne ne fonctionne pas en vase clos. Elle est en interaction constante avec le monde qui nous entoure : notre culture, notre éducation, les attentes de notre entourage. Comprendre la violence, c'est aussi comprendre comment la société distribue les rôles et façonne les identités, créant parfois des pressions insoutenables qui peuvent mener à des explosions. Cette exploration est une invitation à regarder avec empathie les conditionnements qui nous influencent tous.
La "Boîte" des Rôles : Pression sur les Hommes, Pression sur les Femmes
Depuis notre plus jeune âge, la société nous présente des "boîtes" dans lesquelles nous sommes censés rentrer : la boîte "garçon" et la boîte "fille". Ces rôles de genre, bien que de plus en plus remis en question, continuent d'exercer une influence profonde sur nos vies, générant des souffrances spécifiques des deux côtés.
La "Boîte" de la Masculinité Traditionnelle
Historiquement, le modèle de la masculinité dominante, souvent qualifié de "patriarcal", impose aux hommes un cahier des charges très strict :
- Être fort et ne pas montrer ses faiblesses : La tristesse, la peur, le doute sont souvent perçus comme des émotions "féminines", inacceptables pour un homme. La fameuse phrase "un garçon, ça ne pleure pas" a des conséquences profondes, coupant de nombreux hommes de leur propre vie émotionnelle.
- Être en contrôle : Contrôle de ses émotions, contrôle de sa famille, contrôle de sa carrière. L'échec n'est pas une option.
- Être le pourvoyeur : La réussite se mesure souvent à la capacité à subvenir aux besoins matériels de sa famille, créant une pression économique et statutaire immense.
La conséquence de cet enfermement est double. D'une part, lorsqu'un homme ressent des émotions "interdites" comme la tristesse, la honte ou la peur de l'échec, il n'a souvent pas les outils pour les identifier et les exprimer sainement. La colère devient alors la seule émotion acceptable, le seul exutoire pour toutes les autres frustrations. D'autre part, toute situation perçue comme une perte de contrôle ou de statut (un licenciement, une rupture amoureuse, une simple critique) peut être vécue comme une attaque insupportable contre son identité même.
La Souffrance de l'Autre Côté du Miroir
De leur côté, les femmes subissent les conséquences directes de ce système. La "boîte" de la féminité traditionnelle les a longtemps cantonnées à des rôles de soin (care), de soumission et de dépendance économique. Si ces modèles sont aujourd'hui largement battus en brèche, les inégalités persistent et les femmes restent les premières victimes des violences qui découlent de ce système.
La violence masculine n'invalide en rien la souffrance masculine. Au contraire, elles sont les deux faces d'une même pièce. Un homme qui souffre de ne pas correspondre aux diktats de la virilité peut retourner cette violence contre lui-même (dépression, suicide) ou la projeter sur les autres, et en premier lieu sur sa partenaire, perçue comme le symbole de ce qu'il ne peut pas être ou de ce qu'il ne contrôle plus.
Message clé : Le patriarcat n'est pas une "guerre des sexes". C'est un système de rôles rigides qui oppresse tout le monde. Il blesse les femmes de manière directe et brutale, et il mutile les hommes en les coupant de leur humanité complète. Reconnaître la souffrance générée par ces stéréotypes, tant pour les hommes que pour les femmes, est la condition sine qua non pour pouvoir s'en libérer ensemble.
Un Monde qui Change : La Crise du Statut
Le XXIe siècle est marqué par une transformation profonde et rapide des rapports sociaux. L'émancipation des femmes, leur accès à l'éducation, à l'indépendance financière et leur prise de parole dans l'espace public sont des conquêtes historiques et des avancées pour l'humanité toute entière. Mais ce changement, aussi positif soit-il, bouscule un ordre établi depuis des millénaires. Et toute structure de pouvoir qui se sent menacée a tendance à réagir.
Le "Backlash" : Quand le Vieux Monde se Défend
Ce que nous percevons aujourd'hui comme une recrudescence de la violence et un durcissement des discours misogynes est analysé par les sociologues comme un phénomène de "backlash", un retour de bâton. Il ne s'agit pas d'un signe de force du patriarcat, mais plutôt d'une réaction de panique face à sa propre érosion.
Pour un homme dont l'identité et le statut social ont été entièrement construits sur le modèle traditionnel de la domination (être celui qui "sait", qui "décide", qui "protège" et contrôle), la montée en puissance des femmes peut être vécue non pas comme un rééquilibrage juste, mais comme une menace existentielle. Chaque succès féminin peut être interprété comme un échec personnel, chaque affirmation d'indépendance comme une perte de contrôle.
Cette perception de menace active les mêmes circuits biologiques que nous avons décrits précédemment :
- Le défi au statut active la production de testostérone (l'énergie de compétition).
- Le sentiment d'injustice ou de perte déclenche l'amygdale (l'accélérateur de la colère).
- Si le cortex préfrontal (le frein) n'a pas été éduqué à gérer la frustration et à s'adapter au changement, l'impulsion agressive n'est plus contenue.
La violence devient alors une tentative tragique et désespérée de restaurer par la force un ordre ancien qui s'effondre, de réaffirmer une domination qui n'est plus légitime. Les discours masculinistes et haineux qui prolifèrent en ligne ne sont que la partie émergée de cet iceberg de peur et de perte de repères. Ils offrent des justifications pseudo-intellectuelles à cette réaction violente, créant un cercle vicieux de radicalisation.
Comprendre n'est pas Excuser
Il est absolument crucial de le répéter : comprendre les racines de cette réaction ne signifie en aucun cas l'excuser ou la tolérer. La violence est inacceptable, point final. Les victimes, majoritairement des femmes et des enfants, ne sont jamais responsables des actes de leurs agresseurs.
Cependant, se contenter de condamner sans comprendre nous laisse impuissants. Comprendre que la violence est souvent le symptôme d'une incapacité à s'adapter à un monde nouveau nous donne des pistes d'action. Cela nous montre que la répression, bien que nécessaire, ne suffira jamais. Le véritable enjeu est d'accompagner cette transition historique en aidant chacun à trouver sa place dans ce nouveau paradigme.
Message clé : La violence à laquelle nous assistons est moins le signe d'une régression que le bruit d'une transition douloureuse. C'est le combat d'arrière-garde d'un modèle qui se meurt. Notre rôle n'est pas seulement de protéger les victimes de cette violence, mais aussi de désamorcer les mécanismes qui la nourrissent en proposant de nouveaux modèles de réussite et de statut qui ne soient pas basés sur la domination de l'autre.
Construire Demain – De la Compréhension à l'Action
Comprendre les racines biologiques et sociales de la violence est une étape essentielle, mais elle ne doit pas nous laisser spectateurs. Au contraire, cette connaissance nous donne le pouvoir d'agir. Si la violence est le fruit de déséquilibres et de conditionnements, alors nous pouvons apprendre à nous rééquilibrer et à nous déconditionner. Cette dernière section est un guide pratique et optimiste, une boîte à outils pour que chacun, à son échelle, puisse devenir un artisan de la paix.
L'Art d'être Humain : Cultiver notre Jardin Intérieur
La paix dans le monde commence par la paix en soi. Avant de vouloir changer la société, nous pouvons commencer par cultiver notre propre équilibre intérieur. Il s'agit de renforcer notre "frein" cérébral et de mieux gérer notre "accélérateur" émotionnel. Voici des pistes concrètes, validées par la science, accessibles à tous.
1. Apprendre à Respirer
Cela semble simple, presque trivial, et pourtant c'est l'outil de régulation le plus puissant et le plus immédiat dont nous disposons. Face à une montée de colère ou de stress, le simple fait de s'arrêter et de prendre trois longues et profondes respirations a un effet physiologique direct : cela active le système nerveux parasympathique, le système de "calme et de digestion", qui contrecarre la réaction de "combat ou de fuite" déclenchée par l'amygdale. C'est un bouton "pause" pour notre cerveau émotionnel.
2. Pratiquer la Pleine Conscience (Mindfulness)
La méditation de pleine conscience n'est pas une pratique ésotérique. C'est un entraînement de l'attention. Elle consiste à porter son attention, intentionnellement et sans jugement, sur le moment présent : ses sensations corporelles, sa respiration, les sons environnants. Des études ont montré que quelques minutes par jour suffisent pour :
- Réduire le cortisol (l'hormone du stress) [3].
- Augmenter la densité de matière grise dans le cortex préfrontal (notre "frein").
- Diminuer l'activité de l'amygdale (notre "accélérateur").
C'est littéralement un programme de musculation pour notre cerveau de la régulation.
3. Mettre des Mots sur les Maux
Les émotions que nous n'arrivons pas à nommer nous contrôlent. Apprendre à identifier et à verbaliser ce que l'on ressent ("Là, je sens de la frustration", "Je suis triste", "J'ai peur de l'échec") est une compétence cruciale. Le simple fait de nommer une émotion active le cortex préfrontal et diminue l'intensité de la charge émotionnelle. Tenir un journal, parler à un ami de confiance ou à un thérapeute sont des moyens efficaces de développer cette intelligence émotionnelle.
4. Canaliser l'Énergie de la Compétition
L'énergie de la testostérone n'est pas à réprimer, mais à canaliser. Il est vital de trouver des exutoires sains à ce besoin de se mesurer et de se dépasser :
- Le sport : La compétition sportive, dans un cadre de respect et de fair-play, est l'un des meilleurs moyens de canaliser l'agressivité compétitive.
- Les projets créatifs ou professionnels : Se lancer des défis, construire quelque chose, maîtriser une nouvelle compétence... sont des manières de transformer l'énergie de la compétition en accomplissement personnel.
- L'engagement associatif : Mettre son énergie au service d'une cause plus grande que soi est une source de statut et de valorisation extrêmement puissante et pro-sociale.
Message clé : Nous ne sommes pas les esclaves de nos impulsions. Nous avons la capacité de devenir les maîtres de notre propre esprit. La vraie force ne réside pas dans l'absence d'émotions difficiles, mais dans notre capacité à les accueillir, à les comprendre et à choisir la manière dont nous y répondons. Chaque respiration consciente est une victoire contre la violence.
Vers de Nouvelles Masculinités (et Féminités)
La paix durable ne pourra se construire sans une redéfinition profonde de ce que signifie "être un homme" et "être une femme" aujourd'hui. Il ne s'agit pas d'abolir les différences, mais de briser les hiérarchies et les stéréotypes qui nous enferment et nous opposent. C'est un projet de libération commun.
Réinventer la Masculinité
La solution à la violence générée par le modèle patriarcal n'est pas de rendre les hommes "moins masculins", mais de construire des masculinités "plus humaines". Une masculinité saine et moderne pourrait s'articuler autour de nouvelles valeurs :
- La Force du Courage Émotionnel : La vraie force n'est pas de cacher ses émotions, mais d'avoir le courage de les affronter, de les montrer, de demander de l'aide. Un homme qui pleure n'est pas un homme faible ; c'est un homme connecté à son humanité.
- La Force de l'Empathie : La capacité à écouter, à se mettre à la place de l'autre, à prendre soin, n'est pas une compétence "féminine". C'est une compétence humaine fondamentale, et une immense force dans tous les domaines de la vie (couple, amitié, travail, parentalité).
- La Force du Respect : Le respect du consentement, le respect de l'autonomie de l'autre, le respect des différences. Une masculinité qui ne se construit pas contre les femmes ou au-dessus d'elles, mais avec elles, dans un partenariat d'égal à égal.
Il est crucial de promouvoir activement ces nouveaux modèles de masculinité auprès des jeunes garçons. Cela passe par l'éducation, par les figures paternelles, par les modèles présentés dans les médias et la culture. Il faut leur montrer que la réussite et le statut peuvent être atteints par la coopération, l'intégrité et la bienveillance, et non par la domination.
Un Projet de Société Partagé
Cette réinvention ne concerne pas que les hommes. Elle implique que les femmes aussi continuent de se défaire des stéréotypes de la féminité qui les ont longtemps limitées. C'est en construisant des relations basées sur l'authenticité et le respect mutuel, où chacun peut être pleinement lui-même sans crainte d'être jugé, que nous pourrons désamorcer les tensions.
Cela passe par des actions concrètes à tous les niveaux de la société :
- À l'école : Mettre en place des programmes d'éducation à la vie affective basés sur le consentement et l'égalité, et des ateliers sur l'intelligence émotionnelle pour tous.
- Dans les médias : Valoriser des personnages masculins et féminins complexes et non stéréotypés.
- En entreprise : Lutter contre les inégalités salariales et promouvoir une culture du travail basée sur la coopération plutôt que sur la compétition agressive.
- Dans la sphère privée : Oser avoir ces conversations au sein du couple, entre amis, avec ses enfants.
Message clé : Libérer les hommes des injonctions de la masculinité toxique est le plus grand service que nous puissions rendre aux femmes et à la société toute entière. Ce n'est pas un combat des uns contre les autres, mais un combat commun pour plus d'humanité. En construisant des masculinités et des féminités plus libres, nous construisons les fondations d'un monde moins violent.
Un Héritage de Paix pour nos Enfants
Au terme de ce parcours, une certitude émerge : la violence qui nous inquiète tant n'est pas une fatalité. Elle n'est pas inscrite de manière indélébile dans notre biologie, ni dans un destin immuable. Elle est le symptôme, le résultat complexe et douloureux de déséquilibres intérieurs et de conditionnements sociaux que nous avons le pouvoir de changer.
Nous avons vu que la testostérone n'est pas une hormone de la haine, mais une énergie de vie qui demande à être canalisée. Nous avons vu que notre cerveau possède à la fois un accélérateur impulsif et un frein réfléchi, et que nous pouvons apprendre à muscler ce dernier. Surtout, nous avons vu que les rôles rigides dans lesquels la société nous a longtemps enfermés sont à l'origine de nombreuses souffrances, et que la violence est souvent le langage tragique de ceux qui n'ont pas appris à en parler un autre.
Le chemin vers un avenir plus pacifique n'est donc pas celui de l'accusation, mais celui de la responsabilité partagée. Une responsabilité qui nous invite tous, hommes et femmes, à devenir plus conscients de nos propres mécanismes, plus attentifs à notre équilibre, et plus courageux dans notre capacité à déconstruire les stéréotypes.
Chaque fois qu'un père apprend à son fils qu'il a le droit de pleurer, chaque fois qu'un ami écoute l'autre sans jugement, chaque fois qu'un couple choisit le dialogue plutôt que le rapport de force, une petite victoire est remportée contre la violence. Chaque respiration consciente prise dans un moment de colère, chaque stéréotype sexiste interrompu avec bienveillance, chaque geste d'empathie est une pierre posée à l'édifice d'un monde plus apaisé.
Ce travail est celui de toute une vie, et de plusieurs générations. Mais c'est le plus noble et le plus urgent des combats. C'est l'héritage de paix que nous devons à nos enfants.
Références
[1] Knight, E. L., Sarkar, A., Prasad, S., & Mehta, P. H. (2020). Beyond the Challenge Hypothesis: The Emergence of the Dual-Hormone Hypothesis and Recommendations for Future Research. Hormones and Behavior, 123, 104657. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC7311256/
[2] Siever, L. J. (2008). Neurobiology of Aggression and Violence. American Journal of Psychiatry, 165(4), 429-442. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC4176893/
[3] Fan, Y., Cui, Y., Tang, R., Sarkar, A., Mehta, P., & Tang, Y. Y. (2024). Salivary testosterone and cortisol response in acute stress modulated by seven sessions of mindfulness meditation in young males. Stress, 27(1), 2316041. https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/10253890.2024.2316041